Des leviers de promotion de la santé

Les compétences psychosociales (CPS) et les conditions de leur développement : un regard de promotion de la santé

Les CPS, de quoi parle-t-on ?

Les compétences sont des capacités à :

« mobiliser ou activer plusieurs savoirs, dans une situation et un contexte donnés »
Le Boterf, 1995

Les compétences psychosociales correspondent à :

« un ensemble cohérent et pertinent d’aptitudes et de conduites personnelles mobilisées dans le cadre d’interactions humaines »
Santé publique France, 2022

Pourquoi ces compétences sont-elles si importantes en matière de santé ?

Parce que la santé, ce n’est pas que le médical, ou l’inverse de la maladie. C’est aussi être bien dans sa peau (santé psychologique), être bien avec les autres (santé sociale), être bien dans sa vie (santé globale). Les CPS peuvent y aider.

 

Les CPS à mobiliser en faveur de la santé

Les compétences sociales

  • Se faire comprendre des autres, exprimer ce que l’on ressent, faire appel à l’aide dont on a besoin, et comprendre les informations ou les émotions que les autres veulent transmettre
  • Gérer des conflits, négocier, et parfois, résister à la pression des autres lorsqu’ils cherchent à convaincre d’agir dans un sens contraire à la santé
  • Coopérer avec les autres, travailler en groupe, établir des relations positives avec les autres
  • Défendre son point de vue, argumenter, expliquer ce que l’on pense, ce que l’on croit

C’est ce que l’Organisation mondiale de la santé appelle « les compétences interpersonnelles ou de communication ».

Les compétences cognitives

  • Prendre des décisions dont on sait qu’elles sont favorables à sa santé ou à la santé de son entourage, peser le pour et le contre, faire des choix et agir en conséquence
  • Résoudre des problèmes, trouver des réponses aux questions relatives à la santé que l’on se pose pour soi ou pour les autres, ou trouver des solutions aux difficultés que l’on rencontre
  • Porter un regard critique sur les situations, avoir un esprit critique permettant de remettre en cause des modes de relation, être un acteur de transformation personnelle et sociale

C’est ce que l’Organisation mondiale de la santé appelle « les compétences de prise de décision et d’esprit critique ».

Les compétences émotionnelles

  • Gérer des états psychologiques comme la colère, l’anxiété, le stress ou la douleur liée à une perte, qui peuvent amener à agir impulsivement ou à exercer une violence contre soi-même ou les autres
  • Connaître ses qualités et ses limites, porter un regard réaliste sur soi, savoir estimer sa propre valeur, et se faire confiance

C’est ce que l’Organisation mondiale de la santé appelle « les compétences d’auto-régulation ».

PromoSanté Île-de-France, 2022

 

Tous les publics, tous les milieux, tout au long de la vie

Ce sont des compétences que tout un chacun mobilise dans sa vie de tous les jours, que l’on soit un enfant, un adolescent ou un adulte. Ce sont aussi des compétences très utiles dans tous nos milieux de vie, qu’il s’agisse de notre milieu familial ou amical, de la crèche, de l’école ou de nos espaces de loisirs ou de travail, de notre village ou de notre quartier… bref, partout où nous vivons notre santé, partout où nous sommes en relation avec les autres.

Dix compétences psychosociales dans une capsule

Dix compétences psychosociales dans une capsule,
Pôle ressources en promotion de la santé Bretagne, 2018

 

Les enjeux du développement des CPS

Les CPS, outils de l’éducation pour la santé

Inscrit dans le champ de l’éducation pour la santé, le développement des CPS vise deux principaux objectifs :

Accroître le pouvoir d’agir des personnes et des groupes 

Accroître le pouvoir des personnes et des groupes à agir dans un sens plus favorable à leur santé et à celle des autres, ne signifie pas se plier aux normes de santé édictées par des institutions ou des professionnels. Cela signifie acquérir ou renforcer des compétences qui permettront à chacun de trouver l’équilibre qui lui convient en matière de santé (de comportements de santé, d’état de santé). Ces compétences doivent permettre à chacun de trouver la voie qui lui est propre pour atteindre un état de bien-être qui, sans être « parfait », est satisfaisant pour lui.

Réduire les inégalités sociales de santé

Les inégalités de santé sont dues avant tout aux inégalités de conditions de vie et de travail, aux inégalités économiques, aux inégalités éducatives, aux inégalités de genre… Toutes ces inégalités, qui témoignent de la relation étroite existant entre un état de santé et l’appartenance à un groupe social, sont profondément injustes. Le renforcement des CPS de l’ensemble de la population, avec un accent particulier sur les publics qui en ont le plus besoin, peut contribuer à réduire l’impact de ces inégalités sur la santé.

 

Les CPS dans le parcours et les trajectoires de vie

Les CPS ne sont pas présentes en nous dès notre naissance. Comme d’autres aptitudes de vie, nous les acquérons tout au long de notre existence. Certaines étapes de notre vie sont particulièrement importantes pour cela, car elles correspondent à des périodes de transition qui peuvent avoir des répercussions importantes sur la santé.

Ainsi, la petite enfance et l’enfance, l’adolescence, les premières années de la vie d’adulte, les évolutions professionnelles, la retraite et le vieillissement… sont des tournants majeurs de la vie qui vont fortement mobiliser nos CPS.

D’autres situations ou événements spécifiques, comme la grossesse, la parentalité, la maladie chronique ou le handicap, la perte d’emploi, la migration… tous les grands changements auxquels nous pouvons être confrontés, vont également fortement mobiliser nos CPS.

C’est pourquoi il est indispensable d’inscrire le développement des CPS dans le parcours ou la trajectoire de vie de chacun.

Il est tout autant essentiel que tous les acteurs en contact avec la population renforcent leur capacité à soutenir le développement des CPS des publics avec lesquels ils travaillent, quelque soit le milieu dans lequel ils exercent.

 

La place des CPS dans les déterminants de la santé

La capacité des acteurs à agir pour développer les CPS de leurs publics est loin d’être suffisante pour permettre ce développement, et plus globalement, pour améliorer leur santé. La santé des personnes et des groupes de personnes est sous l’influence de facteurs très divers, dont les compétences de chacun à agir dans un sens favorable à la santé, ne sont qu’un élément.

Ainsi, même les personnes les mieux informées, les plus compétentes, les plus motivées, ne parviennent pas toujours à protéger leur santé et celle des autres. Pourquoi ? Parce que de multiples causes extérieures agissent sur leur santé.

Ces causes extérieures, qui font partie des déterminants de la santé, vont empêcher ou favoriser le renforcement des CPS. On ne peut donc pas viser ce renforcement sans agir sur l’ensemble des déterminants de la santé. Ces derniers sont souvent représentés dans un schéma les organisant en quatre grandes catégories :

Les facteurs liés aux habitudes de vie individuelles

L’alimentation, l’activité physique, les consommations, la sexualité, les loisirs, la vie sociale et culturelle… vont être plus ou moins favorables à la santé. Les CPS, qui sont en lien direct avec ces facteurs individuels, sont donc des déterminants majeurs de la santé.

Les influences sociales au sein des milieux de vie de proximité

La famille, les amis, les collègues, les voisins… mais aussi les professionnels qui gravitent autour de la population (enseignants, éducateurs, travailleurs sociaux, soignants, chefs d’entreprise…) vont être plus ou moins soutenants dans le renforcement des CPS.

Les conditions de vie et de travail, les systèmes éducatifs et sociaux

Les environnements de vie vont être plus ou moins favorables à l’acquisition, au renforcement et à l’expression des CPS.

Les conditions socioéconomiques, culturelles et environnementales

Les conditions socioéconomiques (choix et priorités budgétaires, politiques salariales, aides sociales…), culturelles (place des jeunes, des femmes, des personnes en situation de handicap… dans la société) et environnementales peuvent, par de multiples vecteurs, faciliter le développement des CPS ou au contraire le rendre plus difficile.

Les déterminants de la santé, Adapté de Dahlgren et Whitehead (1991), Ireps Auvergne-Rhône-Alpes

 

Les liens entre CPS et promotion de la santé

Pour renforcer les CPS des publics avec lesquels on travaille dans une perspective de promotion de la santé, il ne suffit pas de mettre en place des activités spécifiques. Il convient aussi de mobiliser cinq axes d’intervention définis dans la Charte d’Ottawa de promotion de la santé (1986).

Les cinq axes de la charte d’Ottawa

Agir au niveau politique

La législation et la réglementation dans les milieux de vie (du national ou local), l’organisation et le management de ces milieux, les moyens alloués, le temps disponible, les décisions prises à tous les niveaux, devraient prendre en compte le développement des CPS et la possibilité de les utiliser.

Agir sur les environnements de vie

Le cadre de vie des personnes sera d’autant plus favorisant pour les CPS qu’il sera à la fois accueillant, bien organisé, confortable… et que les professionnels qui s’y trouvent sont à la fois attentifs, bienveillants, disponibles, et bien formés.

Renforcer la participation des personnes et des groupes

Le développement des CPS nécessite que la population puisse s’exprimer et être partie prenante des décisions et des actions qui la concernent.

Agir sur les services de santé

Il est important que ces services intègrent le développement des CPS dans leurs objectifs, dans leur organisation, dans leur fonctionnement, au plus près des besoins de la population.

Agir dans le cadre d’une démarche éducative

Cette démarche soutient l’émancipation des publics concernés (le renforcement et l’exercice de leur libre arbitre en matière de santé) et leur capacité à s’exprimer dans le débat public (quelle qu’en soit l’échelle) sur les questions de santé qui les concernent.

Charte d’Ottawa pour la promotion de la santé, OMS, 1986

 

Limites et éthique

Dans les situations où la prise en compte de plusieurs déterminants de la santé de la population, ou l’action sur au moins deux axes d’intervention de la promotion de la santé, ne sont pas possibles, le développement des CPS peut s’avérer non seulement inefficace, mais aussi problématique sur le plan éthique.

A quoi sert-il de former à l’écoute, à l’approche bienveillante, à l’empathie, si les espaces sociaux dans lesquels évoluent les personnes ne les valorisent pas comme des qualités ? Quel sens a le renforcement des CPS si le fonctionnement des milieux dans lesquels vit la population ne permet pas de les mobiliser ? Comment gérer l’incohérence entre un encouragement à porter un regard plus positif sur soi, à avoir une meilleure estime de soi, et des environnements de vie dégradés qui convoient le message inverse ? Quel regard la population peut-elle porter sur l’invitation à développer ses CPS si les professionnels qui l’entourent n’en disposent pas ? A quoi sert-il de mettre en place des démarches participatives s’il n’est rien fait concrètement de leurs résultats ?

Toutes ces questions interpellent sur le plan éthique l’usage « mécaniste » qui peut être fait des CPS, comme des outils déconnectés de la réalité de la vie des personnes.

Il relève de la responsabilité des politiques et des professionnels en contact avec la population de veiller à ce que cela ne soit pas le cas.

Risques liés au développement des CPS : pour une éthique d’intervention, Interview de Christine Ferron

Risques liés au développement des CPS : pour une éthique d’intervention,
Interview Christine Ferron, PromoSanté Île-de-France, 2018

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