Publié le 03 octobre 2023

Les écrans en veille, les enfants en éveil

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Région
Bourgogne-Franche-Comté
Public
Enfant
Parent
Professionnel de santé, du social, de l'éducation
Milieu de vie
Éducatif
Thématique
Addictions
Type de ressource
Les programmes et actions
Porteur
Ireps, Mutualité Française Bourgogne-Franche-Comté
Nous aimons cette action :
Le défi d’intervenir dès le plus jeune âge en associant et outillant les professionnels

Présentation

Le contexte

En 2022, la Mutualité Française Bourgogne-Franche-Comté en partenariat avec l’Instance régionale d’éducation et de promotion de la santé (Ireps) ont conduit l’expérimentation d’un programme de développement des CPS. A destination des enfants et des personnes encadrantes (professionnels, parents) fréquentant les Accueils de loisirs sans hébergement (ALSH), le projet “Les écrans en veille, les enfants en éveil” visait une évolution des représentations normatives mais aussi une adaptation des postures et pratiques propices à un accompagnement pacifié des usages des écrans par les jeunes enfants.

Deux structures ont été identifiées :

  • l’ALSH La Ruche situé à Longvic, en Côte-d’Or (21),
  • l’accueil de loisirs Arc-en-ciel de Crançot, dans le Jura (39).

Le ou les objectifs

Les publics ciblés par le projet sont :

  • Les enfants âgés de 4 à 6 ans accueillis au sein des accueil de loisirs sans hébergement (ALSH) partenaires
  • Les professionnels des ALSH
  • Les parents des enfants destinataires de l’action

Les objectifs du programme sont de :

  • Développer les compétences psychosociales des enfants notamment leur capacité à communiquer ou encore à gérer leurs émotions
  • Renforcer les connaissances, les aptitudes et les capacités des animateurs des ALSH intervenant auprès d’enfants afin d’intégrer le développement des CPS  dans leurs postures et pratiques professionnelles
  • Renforcer les connaissances, les aptitudes et les capacités des parents d’enfants fréquentant les ALSH, afin de les accompagner dans l’utilisation des écrans.

Le financement

Mildeca 2020 dans le cadre de l’appel à projet “Plan de lutte contre les drogues et les conduites addictives”.

Le dispositif d’évaluation

Le dispositif d’évaluation conçu dans le cadre de ce projet s’est trouvé adossé aux différentes étapes de la mise en œuvre : la collecte de données était prévue à l’avance pour coller au processus d’avancement du projet sur les deux sites d’intervention. De fait, l’évaluation menée a visé à répondre à trois objectifs principaux :

  1. Appréhender le développement des CPS des enfants de 4 à 6 ans – notamment sur le travail visant à renforcer leurs capacités à communiquer ou à gérer leurs émotions.
    L’évaluation de cet objectif a été pensée de façon indirecte, en appui sur les points de vue respectifs des parents et professionnels encadrants.
  2. Mesurer l’évolution des connaissances, aptitudes et capacités des animateurs des ALSH intervenant auprès d’enfants à intégrer le développement des CPS dans leurs postures et pratiques professionnelles
    Il s’agissait de mesurer les degrés d’inscription dans une démarche d’appropriation de l’approche par renforcement des CPS et à pencher sur une évolution des représentations et croyances normatives au fil du projet, pour mettre en perspective les logiques de changement à l’œuvre au niveau de la prise en compte des CPS dans les pratiques professionnelles.
  3. Cerner les effets de l’action sur les connaissances, les aptitudes et les capacités des parents à accompagner leurs enfants dans l’utilisation des écrans.
    Dans quelle mesure le travail mené sur les CPS autour de la thématique écrans s’est s’articulé et/ou a fait évoluer les habitudes quotidiennes, les représentations et pratiques parentales d’accompagnement aux usages des écrans.

Enfin, un dernier volet d’évaluation a porté sur le processus de partenariat entre les deux organismes porteurs sur les deux sites d’intervention. Il convenait de s’intéresser aux modalités de coordination entre les partenaires de l’équipe projet, d’identifier les principaux freins et leviers au niveau du processus global d’élaboration et de mise en œuvre.

Les expertises mobilisées

La construction de séances d’action s’est appuyée sur des données probantes et pensées dans une logique ascendante à partir des besoins identifiés, des contextes territoriaux et organisationnels. Ces séances dites « à la carte » se veulent attentives aux conditions d’applicabilité des critères d’efficacité, tels que décrit dans le référentiel CPS* du Réseau régional d’appui à la prévention et à la promotion de la santé (Rrapps) Bourgogne-Franche-Comté.

 

Les compétences psychosociales

Les CPS visées

Le projet est axé sur le renforcement des compétences émotionnelles et sociales, en particulier sur les capacités à communiquer et qui touchent à la gestion des émotions.

Les activités structurées

Concrètement, le processus d’implantation et de déploiement de l’action se décompose en 4 phases distinctes :

  • Une phase d’introduction du projet, allant de la présentation aux familles et aux équipes, jusqu’à la formation. Celle-ci donne des repères théoriques et pratiques pour construire une action multi-séances à destination des enfants.
  • Une deuxième phase de mise en œuvre, portée sur l’accompagnement des équipes à la construction des séances.
  • Une troisième phase de clôture du projet, où l’accent est mis sur l’appui à l’appropriation durable de la démarche axée sur le renforcement des CPS.
  • Une phase transversale dédiée à l’évaluation du projet selon une logique avant/après

Les pratiques informelles

L’inscription du développement des CPS dans la vie quotidienne des ALSH peut en premier lieu être mise en relation avec la pertinence de la catégorie d’âge ciblée. Très vite, les équipes professionnelles impliquées ont perçu la pertinence de mobiliser également cette approche auprès des enfants plus grands également accueillis au sein des ALSH. Les professionnels observent directement les différences entre les âges, et notamment une évolution des pratiques au fil du temps. Les plus âgés sont par exemple entourés quotidiennement d’écrans, « ils sont en plein dedans ». D’où cette nécessité de mener des interventions adaptées à chaque tranche d’âge et de les penser dans une logique de continuité. L’équipe située dans le Jura a d’ailleurs soumis l’idée de favoriser les liens entre les enfants de différentes tranches d’âges, avec une communication des nouvelles connaissances et compétences des plus petits vers les plus grands et vice et versa.

Les professionnels interrogés à l’issue du projet disent que l’action menée leur a permis d’appuyer, de « conforter » les pratiques existantes, notamment en leur donnant un socle théorique autour des CPS. L’action est comme venue renforcer la confiance des équipes et activer des pratiques destinées à aménager autrement les espaces, à s’appuyer davantage sur des supports visuels, ou à développer de nouvelles activités.

Certains outils comme des jeux pédagogiques, des ressources documentaires ou autres (type cartable des CPS) ont été acquis par les structures au cours de l’action pour justement pouvoir être remobilisés ultérieurement.

Posture

Le projet vise une évolution des représentations normatives et une adaptation des postures et pratiques propices à un accompagnement pacifié des usages des écrans par les jeunes enfants.

Toutes les actions déclinées dans le cadre de ce projet ont été pensées pour soutenir des comportements favorisant une utilisation raisonnée des écrans. Il fallait pour cela agir également en direction des adultes qui accompagnent les enfants, à la fois dans les structures d’accueil et dans la sphère familiale. Les équipes professionnelles des ALSH et les parents des enfants destinataires de l’action ont été appelés à jouer un rôle de premier plan.

 

 

Le programme au regard de la promotion de la santé

Les compétences et la posture

Le projet accorde une place centrale aux modalités de co-construction, en vue d’autonomiser les équipes des ALSH sur l’approche de renforcement des CPS :

  • A travers la formation de 2 jours : construction d’une base commune et positionnement des CPS dans l’axe prévention addiction/écran.
  • Elaboration pour les équipes du contenu des séances, notamment autour des outils expérimentés pendant la formation.
  • Participation des équipes requise pour animer les séances sur le développement des compétences psychosociales à destination des enfants (avec le soutien de la Mutualité Française BFC la première année).

L’implication des parents était par ailleurs souhaitée, et a même été programmée dès la phase de conception du projet. Des temps d’échanges avec les parents ont été conduits à différentes étapes, en particulier pour les aider à créer des conditions favorables à l’utilisation des écrans au quotidien.

L’évaluation transversale rend compte des évolutions au niveau de la prise de distance des équipes par rapport à leurs approches antérieures des usages des écrans. En effet, l’un des points forts du projet est qu’il met au travail les perceptions autour des écrans. L’action engagée invitait à opérer « un pas de côté » propice à la prise de distance par rapport à un ensemble de représentations négatives communément véhiculées sur le sujet.

À l’issue de l’action, les professionnels se disent alors plus outillés sur la manière de travailler les aspects psychosociaux. Certains se sentent davantage en capacité de « prendre de la hauteur vis-à-vis des pratiques » ; la majorité des professionnels va désormais chercher des retours auprès des enfants sur les activités proposées ; ce qui n’était pas une habitude pour tous avant ou du moins pas sur toutes les tranches d’âge et pas aussi précisément.

La pédagogie

  • Formation des professionnels des équipes des ALSH à l’approche CPS articulée à la thématique Ecrans
  • Séquences pédagogiques pensées pour alterner une approche des concepts en promotion de la santé, la définition des CPS, les mises en situation, des échanges interactifs entre les participants et l’expérimentation d’outils pédagogiques
  • Accompagnement des équipes à la construction d’un projet autour du renforcement des compétences psychosociales, dont appui méthodologique.

Les conditions matérielles et organisationnelles

Les deux sites ont été des environnements favorables pour mettre en oeuvre le projet “Les écrans en veille, les enfants en éveil”. En effet, tous deux ont révélé :

  • un intérêt à l’approche CPS
  • une relation de confiance entre les professionnels et les familles : les parents ont accueilli avec confiance le projet Ecrans, et les professionnels ont porté une attention bienveillante à l’implication des familles
  • des besoins récurrents autour de l’utilisation des écrans, même si les représentations des professionnels de chacun des deux sites étaient différentes (voir supra).

Les équipes des deux sites ont été mobilisées et soutenues par leur direction.

Cependant, il est intéressant aussi de noter une différence notable entre les deux sites :

  • l’ALSH La Ruche situé à Longvic, en Côte-d’Or (21) est un quartier prioritaire de la politique de la ville (QPV)
  • l’accueil de loisirs Arc-en-ciel de Crançot, dans le Jura (39) se situe en milieu rural accueillant des enfants issus de familles plutôt préservées socialement.

Cette différence a une influence sur la représentation qu’avaient les professionnels sur la question des écrans, au début du projet.

  • À Longvic, la thématique est appréhendée essentiellement comme un problème. Il en découle un enjeu principal, se traduisant par une volonté de réduire au minimum l’exposition des enfants aux écrans. Le « pas d’écran » domine les représentations des professionnels interrogés.
  • Pour l’équipe de Crançot, les représentations des professionnels sont davantage marquées par une volonté de ne pas diaboliser les écrans.

Implication du niveau politique

À l’issue de l’action, les deux établissements ont décidé d’inscrire les CPS dans leurs projets pédagogiques, comme un ancrage au sein des ALSH partenaires, soutenant un ancrage des CPS au sein des pratiques quotidiennes des équipes.

 


Références bibliographiques complémentaires

* Peteuil Audrey, Boulier Julie, Sizaret Anne, Millot Isabelle. Renforcement des compétences psychosociales : les critères d’efficacité – Référentiel d’intervention régional partagé. Dijon : Ireps BFC, ARS BFC, 2020, 48 p. En ligne : https://rrapps-bfc.org/sites/default/files/publications/fichiers/2020/Referentiel-V7-2110-web.pdf

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