Publié le 03 octobre 2023

Mise à jour le 26 janvier 2024

PSFP

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Région
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Public
Parent
Enfant
Milieu de vie
Éducatif
Thématique
Approche transversale
Type de ressource
Les programmes et actions
Porteur
CoDES 06 - Comité départemental d'éducation pour la santé des Alpes-maritimes
Nous aimons cette action :
PSFP renforce le lien familial, développe les compétences parentales et réduit les troubles du comportement chez les enfants.

Présentation

Programme de Soutien aux Familles et à la Parentalité (PSFP) est un programme de développement des compétences parentales et familiales. Il se décline sur 3 tranches d’âge : 3-6 ans, 6-11 ans et 12-16 ans. Le programme comporte 14 sessions hebdomadaires pour les 6-11 ans et 12-16 ans, et 12 sessions pour les 3-6 ans, de deux heures, animées par des acteurs communaux préalablement formés.

Toutes les formes de familles sont concernées : traditionnelle, recomposée, monoparentale, homoparentale, …. PSFP s’adresse à toutes ces familles, de celles qui se posent des questions « pour faire encore mieux », à celles qui ont des difficultés patentes. Les parents peuvent se sentir dépassés, démobilisés, fatigués, dévalorisés et perdre confiance dans leurs capacités à faire face à leur mission éducative. Ils sont tous volontaires pour participer au programme.

Le contexte

Strengthening Family Program (SFP), a été créé par le Dr Karol Kumpfer, psychologue et professeure émérite en éducation et promotion de la santé à l’Université de Salt Lake City (Utah). Karol Kumpfer a élaboré ce programme basé sur les données probantes en 1982 grâce à une subvention du National Institut of Drug Abuse (NIDA). Initialement, le programme américain ciblait les parents ayant des conduites addictives et ayant des enfants âgés de 6 à 11 ans (SFP6-11). Le but de ce projet était de découvrir les compétences dont les parents avaient besoin pour empêcher leurs enfants de consommer de l’alcool et des drogues. L’évaluation (du type essai contrôlé randomisé-ECR) a démontré l’intérêt du programme et son impact positif. Depuis, le programme a été appliqué à différents types de famille car les compétences en relations familiales du SFP sont utiles pour toutes les familles, pas seulement pour celles à risque. Des bénéfices sont observés chez les enfants et les parents.

Ce programme est désormais déployé dans 35 pays du monde. Programme de Soutien aux Familles et à la Parentalité (PSFP) en est la version française.

PSFP en France : Le PSFP est adapté et déployé en France depuis plus de 10 ans, dans des villes de diverses tailles (la plus petite étant de 5000 habitants). Il est notamment implanté dans une quarantaine de sites et 8 régions françaises, métropolitaines et outremer. Une vingtaine de sites et deux nouvelles régions devraient prochainement accroître le réseau de partenaires et d’acteurs PSFP.

Objectifs

  • Renforcer les capacités des parents à faire face au développement affectif et émotionnel de leurs enfants.
  • Renforcer les compétences psychosociales des enfants.
  • Renforcer le lien familial.
  • Routiniser les compétences développées pendant les séances.

Financement

Agences régionales de santé, MILDECA, CAF

Le dispositif d’évaluation

Santé publique France a confié en 2011 l’adaptation de SFP 6-11 ans au Dr Corinne Roehrig, au sein du Comité Départemental d’Éducation pour la Santé des Alpes Maritimes (CODES 06). L’adaptation de SFP au contexte français a été réalisée en plusieurs étapes :

  • 2011-2012 : étude d’acceptabilité et de faisabilité
  • 2013-2015 : finalisation de l’adaptation sur les territoires Quartiers politique de la ville (QPV)
  • 2015 : début du déploiement national
  • 2017-2019 : évaluation d’efficacité menée par Santé publique France sur 19 sites
  • 2018-2020 : adaptation de la version pour les familles avec enfants de 3 à 6 ans

L’adaptation au contexte français de PSFP à destination des parents et des enfants de 6-11 ans a été évaluée par le département de santé publique de l’université de Nice.

L’évaluation d’efficacité a été réalisée par Santé publique France (SpF) entre 2017-2019.

PSFP a fait l’objet d’une évaluation longitudinale avec trois temps de mesures : avant l’intervention (T0) ; à 1 mois après l’intervention (T1) et à 6 mois après (T2). L’évaluation portait sur l’évolution des comportements et des compétences psychosociales des enfants ainsi que l’évolution des pratiques parentales. Les données ont été recueillies par téléphone et en alimentant une base de données sur laquelle les animateurs et animatrices renseignaient les indicateurs de processus (fidélité de l’implantation du programme, assiduité des familles et satisfaction des parents).
La mesure principale portait sur le dépistage de troubles émotionnels et comportementaux à l’aide du Strengths and Difficulties Questionnaire (SDQ). D’autre mesures secondaires ont également été recueillies comme la qualité de vie liée à la santé de l’enfant (KINDL-R), l’engagement parental mesuré au moyen du Alabama Parenting Questionnaire (APQ), la santé mentale du parent avec le General Health Questionnaire (GHQ) et l’usage des écrans, enquête HBSC (Internet, télévision, jeux vidéo) par l’enfant.

Les évaluations ont démontré que PSFP améliore :

  • les compétences parentales : efficacité et confiance en soi, supervision et investissement
  • les compétences psychosociales des enfants : communication, gestion des émotions, résistance à la pression des pairs
  • le climat et les liens familiaux.

À long terme, il réduit l’initiation aux produits psychoactifs et leur consommation. L’évaluation indique que le programme français réduit les troubles du comportement chez les enfants et améliore leur bien‑être. Selon les témoignages des familles impliquées, le programme a des effets sur l’ambiance familiale, qui est décrite comme apaisée et s’étant améliorée. Les parents se sont aperçus que les bénéfices observés sur l’ambiance familiale étaient liés aux modifications de leur exercice de la parentalité.

A la suite de la publication des résultats de l’évaluation d’efficacité réalisée entre 2017 et 2019, PSFP a été reconnu comme un programme probant et référencé dans le Registre des interventions efficaces de Santé Publique France. Le CoDES06 est en charge du déploiement au niveau national pour les 3-6 ans et 6-11 ans. La Fédération Addictions porte le déploiement du PFSP 12-16 ans.

Les expertises mobilisées

Strengthening Family Program, ou SFP, fait partie de ces programmes évalués scientifiquement et recommandés par l’Office des Nations Unies contre la Drogue et le Crime (ONUDC) et le Registre National des Programmes et Pratiques basés sur des données probantes. La revue Cochrane a identifié SFP comme une intervention efficace sur le long terme pour la prévention primaire d’abus d’alcool chez les jeunes.

Le « guide d’application des programmes d’acquisition de compétences familiales pour la prévention de l’usage de drogue », pris comme référence pour cette expérimentation, propose des pistes générales pour leur adaptation, leur animation, la formation des animateurs, le recrutement et l’assiduité des familles, l’évaluation ; c’est à chaque équipe locale de formaliser ensuite les différentes étapes de l’expérimentation.

Les compétences psychosociales

Les porteurs de l’action/du programme ont été formés aux CPS.

Le programme étant clé en main, les parents ne participent pas à la conceptualisation des contenus des séances. Il est important de préciser que les familles sont volontaires pour participer. Les besoins des parents et des enfants sont au cœur des préoccupations des animateurs, pour apporter des connaissances, des outils…

Les CPS visées

Les trois familles de compétences psychosociales visées par PSFP :

  • Compétences cognitives : avoir conscience de soi, capacité de maitrise de soi, prendre des décisions constructives, pensée critique,
  • Compétences émotionnelles : avoir conscience de ses émotions et de son stress, réguler ses émotions, gérer son stress,
  • Compétences sociales : communiquer de façon constructive, développer des relations constructives, résoudre des conflits.

Les CPS, ainsi que la démarche, ont été présentées au public destinataire de l’action/du programme.

Il existe des supports de communication qui permettent de présenter le programme aux familles. Les modalités de présentation du programme aux familles sont diverses (flyers, radio, évènements…). La stratégie de communication auprès des familles est définie avec le groupe experts et les animateurs, coordonnée par le référent. Les professionnels du « groupe expert », qui promeuvent le programme sur leur territoire et qui le proposent à leur public, bénéficient d’une formation de deux jours pour s’approprier les objectifs et les compétences travaillées dans PSFP. Cette formation permet de présenter de manière constructive le programme.

Les activités structurées

Le programme PSFP à destination des 6-11 ans et des 12-16 ans se compose de 14 séances collectives de 2 heures, 12 séances pour les 3-6 ans  Le programme est progressif.

Chaque session porte sur une thématique spécifique et se découpe en deux temps : le premier temps, parents et enfants sont séparés. Chaque groupe réalise des activités avec les animateurs. Le deuxième temps, parents et enfants sont réunis dans une session famille afin de travailler ensemble sur la thématique.

Chacune des séances du programme dispose d’un conducteur de séance qui indique l’objectif de la séance, les activités proposées et référence les outils et techniques d’animation à mobiliser. Un bilan de la mise en œuvre est proposé en début de chaque session.

Les activités proposées portent par exemple sur le jeu d’enfant, le message-je, la chaise du retour au calme…

Pour chacune des séances, 4 animateurs sont mobilisés, 2 pour le groupe parents et 2 pour le groupe enfants.

Le rythme d’une séance hebdomadaire permet d’accompagner les familles sur une durée de 6 mois.

Les pratiques informelles

Le développement des CPS est continu/récurrent auprès du public destinataire.

L’un des objectifs majeurs du programme PSFP est de routiniser les compétences développées pendant les séances dans la vie quotidienne des familles participantes. Les parents et les enfants sont invités, à la maison, à mettre en pratique les activités réalisées pendant la session, par exemple la routinisation du « jeu d’enfant » qui consiste à passer un temps dédié à jouer avec son enfant, où l’enfant choisit l’activité et les règles du jeu ou encore « le tableau des comportements positifs » qui est un outil de valorisation des comportements positifs.

En début de chaque session, les animateurs en font le bilan. La répétition permet le développement et l’ancrage de ces nouvelles compétences, qui deviennent des compétences familiales partagées.

Posture

Le programme a des effets sur la posture d’éducateur des intervenants. Ces effets sont possibles car d’une part, les animateurs du programme bénéficient d’une formation solide de 5 jours suivie d’un accompagnement par les développeurs locaux tout au long de l’implantation du programme et d’autre part, de sessions d’échanges de pratiques. Un guide et des ressources numériques sont proposés aux animateurs pour les soutenir dans la mise en œuvre du programme.

Des effets significativement différents entre le groupe PSFP et le groupe Contrôle, à la faveur du groupe PSFP, ont été retrouvés 1 mois après la fin du programme (évolution entre T0 et T1) sur l’hyperactivité de l’enfant, les troubles du comportement de l’enfant, l’engagement parental, l’augmentation du bien-être de l’enfant et la santé mentale des parents. Ces effets se sont maintenus 6 mois après l’intervention (évolution entre T0 et T2) sur les troubles du comportement et le bien-être de l’enfant. Les indicateurs de processus ont confirmé la bonne adaptation de PSFP en France.

L’approche de promotion de la santé

Comment le programme a-t-il inscrit le développement des CPS dans une démarche de promotion de la santé ?

Le programme s’appuie sur le modèle écosystémique de Urie Brofenbrenner, s’inscrit dans l’approche humaniste de Carl Rogers et sur des concepts, des théories et des techniques d’animation qui renforçent le pouvoir d’agir des personnes, notamment le concept de résilience, la théorie d’auto‑efficacité de Bandura, le modèle d’apprentissage social de Bandura et les techniques de communication non violente de Rosenberg. Il développe l’attention positive et la communication, explore le champ des émotions et pose les bases d’un cadre bienveillant et sécurisant. Il offre un contexte d’échanges constructifs et progressifs au cours desquels les participants apprennent aussi de leurs expériences et de leurs savoir‑faire respectifs. Il permet aux parents d’élargir l’éventail de leurs pratiques parentales, dans un contexte de bienveillance et d’expérimentations concrètes. En amont du programme, les animateurs bénéficient d’une formation de 5 jours qui améliore/renforce leurs compétences professionnelles et leur posture.

Les compétences et la posture

  • Compétences des intervenants : Les animateurs sont formés aux concepts et aux techniques d’animation qui permettent le développement et le renforcement des compétences parentales et psychosociales. Les formations sont participatives et expérientielles, en ce sens elles favorisent l’intégration de ces compétences dans les pratiques professionnelles. Il est recommandé que les animateurs aient l’habitude d’encadrer/accompagner des activités avec des groupes de parents ou d’enfants ; cette dernière recommandation est particulièrement importante pour le public des 3-6 ans.
  • Leur connaissance du milieu, du public destinataire, du thème et des techniques d’intervention : Les animateurs sont sélectionnés parmi les professionnels étant en contact avec les publics cibles.
  • Leur posture éducative. Certaines qualités sont requises comme :
    • Être volontaire pour animer les sessions
    • Être intéressé par le soutien à la parentalité
    • Avoir des qualités humaines : sens du relationnel et de la communication, empathie, qualités d’observation et d’écoute
    • Avoir une fibre éducative et sociale
    • Avoir le goût du travail en équipe, de la rigueur et de l’adaptabilité.

Le développeur participe au recrutement des animateurs et peut, à l’issue de la formation, s’il le juge nécessaire, refuser la validation d’un animateur à ce poste.

La pédagogie

La structuration et l’organisation des séances du programme

Les 14 séances sont programmées. PSFP comporte trois niveaux d’intervention : parents, enfants, familles. Pendant la première heure, parents et enfants sont séparés, puis se retrouvent en famille en deuxième heure.

  • L’objectif du niveau parents est de renforcer les compétences parentales : apporter davantage d’attention positive à l’enfant, mieux communiquer et formuler ses attentes, prévenir et réguler les conflits, prendre en compte ses émotions et celles de l’enfant, pratiquer une discipline constructive et non-violente.
  • L’objectif du niveau enfants est de développer les compétences psychosociales : communiquer, gérer sa colère et les critiques, résister aux pressions, résoudre des problèmes.
  • L’objectif du niveau familles est de renforcer le lien familial, autour d’activités communes qui mettent en pratique des compétences travaillées plus tôt.

Les familles sont invitées à expérimenter chez elles les outils proposés pendant les sessions.

Chaque atelier est animé par quatre professionnels, formés à l’application du programme et bénéficiant de guides d’animation. On y trouve, détaillés par atelier :

  • Objectifs de l’atelier
  • Apports de connaissances, exemples, illustrations
  • Exercices et mises en situation.

Parents et enfants sont invités à discuter des outils proposés puis à les expérimenter séparément pendant chaque atelier, puis ensemble pendant la session famille.

Leur adaptation au public destinataire

L’adaptation d’un programme « probant » est essentielle à sa réussite. Elle doit en respecter les fondamentaux et se limiter aux modifications de forme. En France, l’adaptation culturelle de SFP en PSFP a consisté à modifier plusieurs activités et jeux de rôle ; et, pour permettre l’adaptation contextuelle, un protocole d’implantation a été élaboré, permettant à la fois de former longuement et scrupuleusement des animateurs et de mobiliser des familles. Des adaptations ont été réalisées selon les tranches d’âge des publics auxquels s’adressent le programme, à savoir 3-6 ans ; 6-11 ans et 11-17 ans.

La pédagogie/andragogie utilisée (manière d’animer et outils d’interventions mobilisés)

Les animateurs du programme appliquent les principes de l’andragogie comme l’expérimentation en utilisant des mises en situation ou encore des jeux de rôle. L’animateur, considéré comme un tuteur de résilience, accompagne, dans un cadre bienveillant et d’ouverture, les parents et les enfants à échanger et réfléchir sur la thématique de la séance. Pour ce faire, les animateurs disposent d’outils pratiques.

Les pratiques d’animation s’articulent autour des techniques d’écoute et de reformulation, d’observation, et de circulation de la parole entre pairs.

Les techniques sont participatives et expérientielles du côté des parents et du côté des enfants ainsi que lors des regroupements en famille : exercices ludiques, jeux de rôle, simulation de situations à partir d’exemple de la vie quotidienne…

Les conditions matérielles et organisationnelles

Il est recommandé d’animer les séances dans un cadre agréable et de disposer de locaux permettant l’accueil des deux groupes séparément, d’une salle suffisamment grande pour l’accueil du temps famille. Il est également souhaitable, pour favoriser la disponibilité des parents présents, de proposer un espace dédié aux enfants de la fratrie non concernés par le programme.

Implication du niveau politique

Modalités d’implication et de mobilisation des décideurs/du niveau politique (soutien, charte, inscription dans projet d’établissement…)

L’implantation de PSFP implique l’engagement de la commune auprès du développeur local, notamment en nommant 4 animateurs et 2 animateurs suppléants issus des services de la commune, en les rendant disponibles pour l’ensemble des étapes du programme (cette action devra alors s’inscrire de manière prioritaire dans les missions des animateurs). La commune s’engage également à mettre en œuvre ce programme de manière fidèle et respectueuse des orientations et contenus du programme initial.

Le développeur national est le CODES 06 : il forme et accrédite l’ensemble des « développeurs locaux ».

Le développeur local est une association en charge de former et d’accompagner le porteur de projet local d’un bout à l’autre de l’implantation. Le développeur local peut avoir une compétence régionale, départementale, ou plus restreinte géographiquement. Il s’agit généralement d’acteurs du champ de l’éducation et promotion de la santé, ou du champ de la prévention des addictions.

Le porteur de projet est celui qui initie l’implantation sur son territoire. Il s’agit très majoritairement de communes (élus), ou de directeurs d’association, ou de conseils départementaux. La structure qui porte le projet nomme également un référent ou une référente PSFP qui est un technicien ou une technicienne expérimenté.e de la commune qui connait les partenaires et le fonctionnement interne. Le développeur local et le porteur signent une convention définissant les rôles et missions de chaque partie. En parallèle, un « groupe expert » est constitué, ses membres sont des acteurs locaux du territoire.

Les points forts du programme

  • Validation scientifique par Santé publique France
  • Assiduité et satisfaction des familles
  • Amélioration rapide des relations intrafamiliales
  • Programme rodé : Adapté et déployé en France depuis plus de 10 ans
  • Solide formation pour les animateurs du programme
  • Processus d’implantation qui renforce les partenariats sur le territoire

Liens web et bibliographie